vendredi 26 juin 2015

Lac,artisanat et le fort

 Entre le lac de Timimoun, l’artisanat de Fatis et le fort de Tinerkouk
Vers 16 heures, nous prenons la route en direction de Timimoun, elle se trouve à 200 km d’Adrar et à 1200 km d’Alger. Après 40 km, se dresse au loin la raffinerie de gaz de Sbâa. Une raffinerie qui alimente toute la ville d’Adrar et la centrale électrique. Et dire qu’il y a quelques années, personne n’imaginait que les ménages de cette ville utiliseraient son énergie. Aujourd’hui, le gaz est là et les Chinois aussi.
Reportage réalisé par Mohamed El HachemiNous continuons notre route pour rejoindre la daïra d’Aougrout qui renferme elle aussi un gisement de pétrole. Sur le bord de la route, un énorme pylône électrique. Le vent de sable de la veille a eu raison de lui. Il n’a pas pu lui résister et il s’est affaissé provoquant une grosse coupure de courant. Ici, quand le temps se dégrade et se déchaîne, le vent charrie des grains de sable qui vous piquent et vous étouffent. De chaque côté de la route, c’est le plat absolu sous un ciel azuré. Au loin apparaît le plateau de Tadmaït qui se prolonge et s’étale dans toute sa splendeur et sa grandeur jusqu’à Menéa (El Goléa). Puis apparaît Hougrout, la cité aux 12 ksour sur la RN 51, empruntée par de nombreux camions et bus à cause de son bon état. Deux heures plus tard, apparaît Timimoun, l’oasis Rouge qui a fait et qui fait rêver de nombreux nostalgiques. D’illustres visiteurs ont été ses hôtes. De l’ancien secrétaire général de l’ONU «Perez de Cuellar» à l’ancien président Chadli et, récemment, notre président Bouteflika. L’unique station d’essence vous accueille et les travaux en cours montrent bien qu’elle en avait besoin et que son extension était nécessaire. Des habitants nous apprennent que parfois, pour faire le plein, il faut s’armer de courage et de patience. Un seul pompiste pour le gaz-oil, l’essence et le gaz. Timimoun demeure une ville du passé qui tente désespérément d’émerger du sable et se hisser inéluctablement dans le présent. Timimoun, région féerique par excellence, continue d’exercer un charme fascinant sur ses visiteurs. Les vieux ksour pullulent et les anciennes forteresses, vestige d’un passé glorieux, se dressent encore aujourd’hui et témoignent d’une époque où le Gourara était le centre d’une brillante civilisation. Le mérite de l’architecture revient sans aucun doute à un capitaine français qui entreprit au début du siècle la construction de la porte du Soudan, la mosquée et le célèbre hôtel «Oasis Rouge» dans un style qui fait la particularité de la cité. Les paysages fantomatiques ont inspiré plus d’un cinéaste. Mohamed Chouikh, Rachid Bouchareb y a tourné Cheb et le célèbre Bertolucci a filmé dans la région Thé au Sahara. Aujourd’hui, le tourisme est à déplorer. Dès l’occupation française en 1900, les chaâmba, les chorfa, des gens d’El Bayadh, d’El Abiod Sidi Cheïkh, de Tlemcen et de Laghouat vinrent s’installer dans la région. Il y a quelques centaines d’années, les eaux du grand lac s’étendaient à perte de vue sur plusieurs kilomètres. Passage vers le Tanegrouft et l’Afrique noire par Tambouctou, porte vers El Goléa (Menéa) qui voyait des caravanes aller jusqu’à Gabes. Des tissus, du miel, du beurre transitaient vers Timimoun chaque année vers la fin du XIX siècle, destinés à la vente vers des contrées lointaines. Aujourd’hui, ce lac est enfoui mais la toponymie locale montre que tous les villages vivaient par et pour le lac. El Marsa (le Port) et Aguelman (le Lac) en témoignent encore. Tous les ksour sont électrifiés. Des écoles ont poussé comme des champignons au beau milieu du printemps. A Timimoun, les routes constituent l’épée de Damoclès. Autant des nids-depoule, des chaussées déformées qui rendent la vie difficile aux automobilistes. Rien n’a changé à Timimoun et pour mieux illustrer cette vérité Rachid nous confie : «Même mon grand-père, mort depuis des décennies, parviendrait, s’il retrouvait la vie, sans encombre à trouver son chemin pour rejoindre son domicile.» Avec des milliers d’habitants arborant des tenues aux couleurs multiples, Timimoun est connue pour ses nombreuses «ziarra» et sa troupe musicale de «Ahl Eleïl» chante sous l’émerveillement de tous, des airs ancestraux qui ont largement dépassé les frontières du pays. Les chants de «Ahl Eleïl» sont des psaumes simples qui chantent Dieu et son Prophète (QSSSL) et l’amour impossible. Dès la tombée de la nuit, la complainte merveilleuse emplit les ksour. Les femmes rythment ces chants en mouvement, tournant le moulin de pierre (r’ha). Les constructions en dur côtoient étrangement les maisons en «toub» dont les plafonds sont faits de troncs de palmiers, de palmes et d’argile. Elles comportent toutes des terrasses, lieu de refuge durant la saison estivale. Il faut dire que beaucoup ne disposent pas encore de climatisation. Les cruches recouvertes de piassava (fibre de palmier) sont utilisées pour conserver l’eau fraîche. La région de Timimoun comporte beaucoup de sites magnifiques et enchanteurs qui exercent une étrange fascination sur celui qu’elle accueille. Lors de la célébration de la naissance du Prophète (QSSSL) durant l’après-midi, tous les habitants de la région et d’autres venus de contrées lointaines se regroupent à Zaouit Sidi-Belkacem où les danses sous un rythme effréné de bendir et de karkabou font fureur. Un spectacle qui vous destresse ! Chaque tribu déploie largement un étendard qui déterminera le vainqueur à qui revient l’honneur de l’organisation. Dans la nuit, tout ce petit monde repart en direction d’un autre ksar appelé «Macine». Une grande fatha est célébrée, accompagnée de versets coraniques et de louanges à Dieu et à son Prophète (QSSSL). De Timimoun, on prend la direction vers Tinerkouk. A 30 km, se trouve la grotte de Yeghzer qui représente un véritable mystère. Si en été, la température extérieure dépasse les 50 degrés, à l’intérieur, une fraîcheur vous accueille et vous oblige à vous couvrir au fur et à mesure que vous pénétrez dans cette enceinte magique. D’ailleurs, les gens viennent s’y réfugier car le mercure gravite autour des 20°. Une vraie aubaine pour ceux qui aiment roupiller. La tenue qu’arborent la majorité des habitants est sans conteste la gandoura et le cheche (turban). L’attachement à cet accoutrement s’explique par de nombreux avantages. En effet ce turban, long de plusieurs mètres, enroulé sur la tête, constitue un véritable rempart contre les rayons ardents du soleil. La cellule familiale n’a pas connu un éclatement particulier et on vit en pater familias où la turpitude est réprimée et les parents ne cessent d’haranguer leur progéniture sur la question. Le ksar de O/Saïd est réputé pour sa grande «kasria». Ce fameux distributeur d’eau que leurs ancêtres ont confectionné avec des moyens rudimentaires et qui assure une répartition en eau équitable et parcimonieuse. Toujours sur la route qui mène à Tinerkouk, apparaît le ksar «El-Kaf» qui regroupe plus de 500 habitants qui se démènent comme ils peuvent pour survivre, nous révèle Rachid. Pas de dispensaire, pas de magasins, pas de transport. Les gens sont obligés de se rabattre sur Timimoun pour s’approvisionner. L’eau est salée et la foggara, ancien système de drainage d’eau pour l’irrigation, est asséchée à cause de la proximité d’un forage. El Kaf vit l’isolement et l’enclavement. L’école primaire existe et les élèves du moyen se rendent inéluctablement vers le chef-lieu de daïra. Au loin, l’astre solaire se profile à l’horizon, se consumant pour disparaître et laisser place à la nuit qui vous fait rêver sous un ciel étoilé. Ici, pas de stress. A la tombée de la nuit, on arrive à destination de Tinerkouk ou de Zaouit Debagh. Cette appellation tire son origine d’un cheïkh surnommé Debaghi qui lui a attribué son nom. Quant à Tinerkouk, on nous confirme que les premiers habitants étaient des gens qui entassaient leurs provisions : Tdouk a donné Tinerkouk. Tinerkouk est une daïra qui compte plus de 4500 âmes venues de Metlili, Ouargla, El Bayadh, Labiodh Sidi Cheikh. Avant l’indépendance, on recensait une seule et unique école primaire dont les ruines demeurent encore, souvenir et passage de toute une génération. Aujourd’hui, plusieurs écoles primaires, deux CEM et un lycée font le bonheur des enfants et de leurs parents. A l’entrée de la cité, on ressent une certaine appréhension qui s’explique par un éclairage public défaillant et insuffisant. Chacun se rejette la pierre. Ici la djellaba et la gandoura sont de rigueur. Certaines femmes portent le voile, signe ostentatoire de la région des Hauts Plateaux. Les routes sont défoncées et les nids-de-poule nombreux. Le transport est insuffisant et les habitants connaissent de vraies déboires pour rallier Timimoun. L’environnement aussi est en péril. Une plante «drine» est quasiment arrachée pour servir de pâture aux dromadaires. Le gravier est ramassé par les femmes et vendu à des entrepreneurs. Ces actes constituent une grande menace pour la flore. Un appel est lancé. Autrement, le sable finira par engloutir toutes ces surfaces que nous avons ignorées et massacrées. Mais ce qui constitue l’attraction insolite de Tinerkouk, c’est bien son fort. Il est à noter que la présence coloniale n’eut lieu qu’à partir de 1916. Ce fort fut construit dans les années 50 grâce à une main-d’œuvre bon marché. Il servait de lieu de regroupement des militaires. Après leur départ, il fut abandonné et entièrement enseveli sous le sable. En 2003, la décision de le faire ressurgir, le mettre à nu, fut prise et on découvrit avec stupeur que tout était bien conservé. Les plafonds fabriqués de troncs de palmiers tenaient toujours. Tout était intact. Même le donjon qui abritait la grosse citerne qu’un puits alimentait et qui était destinée à desservir le fort était là, avec ses supports, ses tuyaux. De l’autre côté, une piscine. Le fort fut restauré et la grande cour témoigne de sa grande beauté. Des escaliers vous conduisent sur des terrasses qui forment un passage, lieu de guet et d’observation. La vue est imprenable, offrant un paysage psychédélique qui livre Tinerkouk dans toute sa féerie, mythique et fascinante. Au pied de ce majestueux fort, se trouve la première école primaire citée plus haut. Le président de la République a visité ce fort en 2004. Sitôt la visite effectuée, nous rejoignons le ksar de Fatis. Fatis est un ksar de plus de 3000 habitants. Son sol regorge d’eau et la palmeraie luxuriante en témoigne. Ici la plupart des habitants ont recours à un stratagème pour obtenir des fruits et des légumes. En effet, il suffit d’entourer un lopin de terre d’une clôture faite de palmes appelée «afrag», de semer et de s’en aller. Le moment venu, ils reviendront pour la récolte. Pas le moindre souci d’irrigation. Parfois, l’eau effleure le sol ! Fatis est surtout connue et réputée pour la qualité et la beauté de son artisanat (tapis, oreillers, tbag, gandoura...) toute une panoplie que des mains habiles ont su tisser en y mélangeant des couleurs chatoyantes. Le rouge et le blanc prédominent. Jadis, la population construisait à l’entrée du ksar des dépôts en toub destinés à entreposer des denrées. Tandis que, eux, préféraient habiter à l’intérieur. Aujourd’hui, ces dépôts sont en ruine, vestige du temps. La ziarra de Sidi Bassidi donne lieu à une grande «fatha» et le couscous est servi durant une semaine. D’ailleurs, une semaine commerciale est organisée, bon prétexte pour de multiples achats qui font le bonheur de ces marchands venus de loin. Ici à Fatis, le signal TV est faible et les habitants se rabattent inéluctablement sur la parabole. Pas de pharmacie, pas de médecin, seul un infirmier vaque au milieu d’un dispensaire. Pas de transport non plus ! Puis l’escapade terminée, nous quittons Fatis, pour nous diriger vers un autre ksar Tabelkoza, réputé pour la qualité de ses dattes et l’abondance de son eau. Entre les dédales des ruelles et les maisons en «toub» s’érige tel un monument la demeure de celui qui nous offrit l’hospitalité. Un vrai petit château. «Si dans d’autres régions du pays, raconte le propriétaire, les femmes, devant se rendre en pèlerinage, s’affairent aux tâches domestiques, ici dans notre ksar, les femmes qui ont la chance de se rendre à La Mecque sont considérées comme de vraies reines. Elles ne font rien, elles se consacrent uniquement à la prière et à la lecture du Coran. Ce sont les hommes qui s’occupent de tout (cuisine, vaisselle...). C’est ce qui le caractérise des autre ksour. La société de la région de Timimoun n’a rien mais a tout. Vous trouverez toujours quelqu’un pour vous offrir son toit et en guise d’hors-d’œuvre, une bonne bouchée de «sfouf» (dattes séchées et concassées). La région est surtout réputée pour son hospitalité, son couscous et son «khoubz el gola» dont la préparation nécessite la dextérité et l’habilité des mains. Une pâte à base de blé, légère et onctueuse est étalée sur une cruche (gola) dont on a pris le soin de préchauffer avec des palmes. La pâte cuite, elle est réduite en morceaux et arrosée d’une sauce pimentée. On prend le soin de laisser absorber et on sert avec la viande. Un vrai délice pour le palais. Un autre mets très apprécié «khoubz ennour» est également répandu dans la région. Il y a plusieurs manières de cuire, de griller la viande mais quand elle est servie ici, l’idée de régime disparaît et on a aussitôt tendance à faire ripaille. Chaque ksar regorge de secrets et de légendes, d’hommes et de femmes qui ont écrit son histoire. Les gens vivent en toute quiétude, en toute sérénité, en pleine osmose. Ici, le stress s’estompe. Lorsqu’on est assis sur l’erg, en pleine contemplation et admiration pour cette nature merveilleuse et féerique, sirotant un thé mousseux on découvre la flore dans toute sa splendeur. Une beauté à vous couper le souffle, une beauté surnaturelle qui vous transporte loin des tracasseries de la vie quotidienne. Une thérapie qui a fait ses preuves. 
M. El-H.

lundi 22 juin 2015

Adrar : récit d’une Omra !

Lorsqu’on nous annonce l’accord de notre inscription pour l’accomplissement d’une ‘Omra, on n’ y a pas cru, parce qu’auparavant le doute persistait. Imaginez Adrar, La Mecque, une sacrée distance. Le départ est imminent et tout un dossier à fournir en plus du passeport, une condition obligatoire pour la candidature.

Dossiers solidement ficelés ,ils furent remis au premier responsable des œuvres sociales, qui nous précise qu’il ne faudrait surtout pas badiner avec la vaccination , acheter le carnet et procéder au change auprès de la banque :130 euros pour 15 000 DA.
Une fois toutes ces formalités accomplies, restent les bagages à préparer : vêtements et un second sac réservé aux ustensiles de première nécessité : cafetière, théière, marmite, quelques légumes et surtout dattes, thé, sucre et j’en passe. Certains emportent même de la viande séchée.
Il faut aussi songer à laisser des provisions aux enfants, pour les couples et s’accorder à asseoir des règles bien distinctes à appliquer.
Après quelques jours de répit, sous un soleil de plomb, ‘ramadhan’ sonne à nos portes et il faut changer son régime alimentaire, ses horaires de repos, ses habitudes et dire au revoir au bon sommeil qui, va nous manquer et ses traces se liront sur les visages aux yeux cernés.
Un mois de piété, de pardon, de clémence et de soumission, mais dans les marchés, c’est la flambée des prix, la valse des étiquettes.
Revenons à notre périple. Avant d’atteindre Alger, la capitale, il est nécessaire de passer par plusieurs étapes. D’abord la ville de Béchar, ville cosmopolite où la circulation routière à l’intérieur du tissu urbain est pénible contraignante ; un vrai casse-tête chinois qui vous rend dingue : une seule voie afin de rallier le centre-ville. Et ce phénomène risquerait de perdurer et les habitants en pâtissent.Passé Béchar, direction Oran, capitale de l’ouest algérien. Nous venons de franchir 1300 kms et il reste encore 400 bornes à faire. À la sortie de Saïda, un épais brouillard opaque gêne considérablement la circulation obligeant les automobilistes à allumer leurs feux de position. Brouillard qui n’allait se dissiper qu’à partir de Relizane , passage incontournable pour atteindre la fameuse autoroute. Heureusement l’autoroute Est/Ouest nous facilite le trajet, mais avec les imprudents de la route « ces chauffards » les dépassements à droite, la vitesse excessive on n’est pas encore sorti de l’auberge ! Bien que la vitesse soit limitée entre 80 et 120 kms. certains conducteurs vous dépassent allègrement à des pointes qui frôlent les 160 ,voire 180 kms ! Mais quand les gendarmes sont là, tout redevient normal comme par magie. Au niveau de Blida, l’encombrement se fait terriblement sentir et se faufiler et parvenir à destination de l’aéroport, il faudrait une certaine patience ! Une fois sur place, nous nous retrouvons confrontés face à un véritable dilemme. Pas de chariot disponible à l’extérieur et quand on aperçoit un, il est solidement agrippé par une personne qui vous propose de transporter vos bagages moyennant bien-entendu une somme. Péniblement on arrive devant le premier poste de contrôle où tous les bagages sont systématiquement passés au scanner et nous passagers, nous subissons une fouille corporelle.
Rien n’est laissé au hasard ! Une fois le seuil de cette entrée franchi ,comble de l’ironie ,des chariots bien alignés se trouvent là et en grande quantité. Billets en main ,il faut vite se rendre au guichet numéro un pour l’enregistrement des bagages .Mais quelle fut notre surprise lorsqu’on nous avise du changement de destination. Initialement prévu pour El -Madina ,on se retrouve malgré nous partants pour Djeddah dans un mécontentement général. Retour à la salle d’embarquement, nous passons de fouille en fouille et de nouveau des queues interminables se forment et les gens s’impatientent. Police des frontières, personnel chargé de l’embarquement, douane, toute une panoplie de formalités auxquelles chacun se soumet dans la plus grande discipline.Et encore une autre fouille, cette fois-ci du personnel navigant saouédien. Pas de ciseau, pas de couteau et chacun subit également un contrôle magnétique. Finalement tout ce beau monde dont la plupart porte des gandouras, se trouve à l’intérieur d’un ‘Boeing 777′. Il est 19 heures 59mn quand le commandant de bord annonce la rupture du jeune. Trois dattes sont servies ,une gorgée d’eau et puis RIEN !!! Mais encore une fois, la solidarité des passagers algériens dépasse tout entendement : Dattes ,bourek, pain maison ‘matloue) eau minérale fusent de partout et cet élan eut raison de l’équipage ..Djeddah ,notre destination sera atteinte dans cinq heures environ. Pour le moment, l’avion est en pleine phase de décollage et après quelques minutes ,l’altimètre affiche les 6 000 mètres ,la température a déjà chuté. Vitesse de croisière, 900 kms, température extérieure, moins 49 degrés, altitude, plus de 11000 mètres ! Une visite de cet appareil s’impose. Commençons par les toilettes dont la propreté laisse à désirer .Après une heure de vol, une petite collation nous est servie. Du riz sans viande, des biscuits, un café, jus et c’est tout ! Pour le ‘shour’ chacun se débrouille. C’était sans compter sur le lien qui unissait les passagers : Poulet, fromage , frittes, fruits thé de la nourriture à profusion ; on nourrissait même les hôtesses de l’air !
Une fois gavé, chacun vaque à ses occupations, conversations, lecture de quelques versets coraniques ….
Cinq heures se sont écoulées et on annonce un atterrissage imminent, ceintures de sécurité attachées, ce gros porteur se pose avec quelques frayeurs. L’avion a d’abord glissé sur la droite puis sur la gauche avant de se rétablir. Un ouf de soulagement est poussé par tous une fois l’appareil immobilisé. Une fois dehors, un souffle chaud vous accueille à l’aéroport de Djeddah .Tous les passagers sont orientés vers une grande salle réservée à l’accueil. Drôle d’accueil ! Des queues interminables devant des guichets presque vides où seuls deux ou trois agents vous lancent des regards furtifs, l’air hautain, une attitude narguante qui vous gêne. Quatre heures quarante du matin, c’est l’heure de ‘el imssek’ Rien à l’horizon ! Nous avions sur nous une seule bouteille d’eau minérale qui fut répartie avec parcimonie. Une fois les formalités policières accomplies ,nous nous retrouvions de l’autre côté afin de récupérer nos bagages jétés à même le sol sans aucune surveillance ! Vite ,il faut se dépêcher pour embarquer. Complètement avachis,nous roulons maintenant en direction de ‘el mitak’,à 100kms de Djeddah,pour se purifier et mettre ces fameuses serviettes blanches. De retour de ces ablutions, une fois à l’intérieur du bus ,un saoudien de la compagnie des transports allume une cigarette. Nous sommes restés bouche bée, et lorsque la remarque lui fut faite, il se perd en excuses. Direction La Mecque ,que nous atteignons aux environs de midi trente (heure locale ). Nous sommes éveillés depuis pratiquement deux jours et cette chaleur lourde, pesante et écrasante commence à se faire sentir et la fatigue gagne du terrain. Après une longue attente qui nous paraissait interminable, les clefs des chambres nous sont remises et chacun s’affale en attendant la rupture du jeûne.
Une fois la prière du ‘maghreb’ accomplie, retour à l’hôtel.
Il faut se rassasier, se détendre un peu et filer vers la mosquée ‘el harem’ pour la prière ‘d’el ichaa’. Prière face à la ‘Kaaba’ vous donne la chair de poule et voir ce nombre impressionnant de fidèles venus de pays différents implorer Dieu, demander sa miséricorde, son pardon vous pousse à vous soumettre davantage. Sitôt la prière accomplie, il faut se soumettre et accomplir les rites de la ‘OMRA’. Rappelons que nous portons toujours nos serviettes blanches. Au centre de la mosquée là où se trouve ‘LA KAABA’, un néon vert indique le point de départ. Sept tours, sept circambulations sont nécessaires autour desquels, implorations ,’douaa’incantatoires sont récités et une fois au niveau de ‘MakamSidna Ibrahim’, lever la main droite et prononcer gloire louange au bon Dieu, Allah ouakbar ! Ensuite, c’est le rite de ‘safaoua el marwa’ qui nous attend, deux longs couloirs qu’il faut traverser sept fois avec des ‘douaa’. Une fois au niveau d’une petite lumière verte, une foulée s’impose, pour les hommes seulement ! À la sortie tu bois de l’eau de ‘zam-zam’ ,te couper quelques cheveux afin de pouvoir ôter les serviettes. La ‘Omra’ est terminée. Il est cependant possible de refaire une deuxième en observant certaines règles .Au moment de la rupture du jeûne, des bienfaiteurs installent des toiles cirées et déposent des boites remplies de victuailles : eau, jus, gâteaux, dattes et la demande est sans cesse croissante. L’eau ‘Zamzam’ coule à flot. Fraiche des bonbonnes thermos, elle demeure salvatrice et vous permet de vous désaltérer et d’étancher la soif de la journée oh combien dure et chaude. Seul inconvénient, au départ de la mosquée, pour remplir votre gourde ou votre bidon , l’eau vous est proposée par des jeunes de la ville au prix de 20 ,30 riyals voire plus. .Son transport à l’hôtel, si les jambes vous lâchent, coûte aussi une petite fortune.
UN DîNER À LA SAOUDIENNE
Durant notre séjour ,nous avons fait la connaissance d’un bijoutier saoudien qui a invité à diner chez lui. Rendez-vous est donc pris et il propose de nous y conduire.
Les coutumes changent. Première impression :pas de table ou de ‘meida’ comme chez nous ;une toile cirée est étalée à même le sol sur laquelle sont disposés les couverts. Pas de lait ,d’eau et des dattes. Nous avons insisté afin de respecter la tradition. La ‘samboussa ‘ ,sorte de bourak à la forme triangulaire ,ensuite le ‘khamir’ sorte de beignet sont servis au moment de la rupture du jeûne avec une tasse de café, un café à la couleur jaunâtre et au goût amer qui ne passe pas. Puis une chorba ou soupe défile suivie de verres de jus. À la Mecque ,les gens prennent le temps de rassasier ,un bon petit quart d’heure avant de se lever pour la prière. Au cours de la discussion, le propriétaire des lieux m’apprend que si l’électricité n’est pas chère, il faut compter 150 riyals par mois en pleine saison estivale (4 climatiseurs ,2 frigos ,en plus des autres accessoires )et seulement 60 ou 80 en hiver. La bouteille demeure chère par rapport à notre pays (16 riyals environ )
Le loyer varie entre 1 200 et 1 500 pour un logement mais 3 600 riyals pour un commerce
Après la soupe, c’est la ‘labania’ sorte de flan très apprécié par les enfants et très consommé. L e change parallèle demeure en dents de scies : entre 23 et 30 riyals pour 1000 DA, et entre 540 et 480 pour 100 euros selon le cours du jour bien entendu. La tenue vestimentaire des hommes se compose d’un ‘iqual’ cerceau noir, de la ‘ghotra ‘(châle blanc), ou ‘ chemagh’et la fameuse gandoura blanche .On peut également porter le ‘bichta’ burnous très léger.
EL MADINA ,SES RITES, SES SURPRISES !
Elle se trouve à 440 kms au nord de La Mecque. C’est une ville cosmopolite de différentes ethnies de plus de trois millions d’habitants. Son pôle d’attraction principal demeure bien-entendu la mosquée du prophète Mohamed (qsssl)un véritable bijou architectural qui accueille un nombre impressionnant de fidèles ,un million peut-être voire plus. Sa grande esplanade, une extension qui permet également aux fidèles d’accomplir les prières grâce notamment à la mise en place automatique de parasols géants qui vous protègent des rayons du soleil. Prières, visites guidées font partie du quotidien .Mais quand il s’agit du mausolée du prophète (qsssl)il faut s’attendre à un monde fou.
Une à fois à l’intérieur de la mosquée, des vendeuses ,des vendeurs ambulants vous proposent divers objets hétéroclites, mais gare à la descente de la police qui opère sans pitié et ramasse tout ce qui traine malgré les pleurs et les excuses. Une visite s’impose vers la mosquée de ‘Kouba’où s’acquitter de deux prières équivaut à une ‘Omra, car c’est la première mosquée construite par le prophète Mohamed(qsssl)et pour mieux rafraichir les mémoires ,la chamelle conduite par Sidna Mohamed (qsssl) choisit cet endroit pour s’asseoir et ce lieu fut retenu pour la construction de l’édifice religieux. Puis, direction vers le mont (djebel Ouhoud)théatre de batailles rangées entre les musulmans et les infidèles et mécréants.
RETOUR AU BERCAÏL
Une affiche placardée tout près de l’ascenseur par l’agence de voyage nous informer que le départ prévu pour Djeddah est fixé le jour suivant à deux heures du matin. Encore une nuit blanche ! C’est la ruée .Valises ,cabas disparaissent au fond de gros sacs blancs et rayés ,solidement ficelés .
Les bidons de 10 litres de ‘zamzam’ sont plastifiés, règlement oblige ! Un camion supplémentaire fut affrété pour le transport. Finalement les deux bus s’ébranlent. Difficile de sortir de Médine même à cette heure tardive à cause d’un encombrement de véhicules. Les bus s’élancent et roulent à 80 kms. Nous pensions qu’à ce rythme, le voyage va perdurer, mais une fois sur l’autoroute le chauffeur en gandoura et sandales accélère pour atteindre les 120 kms. Le compteur indique une vitesse maximale de 140 ,elle sera atteinte dans un moment .
4h30 arrêt, ablutions et prière collective
Il est un peu plus de sept heures quand les bus s’immobilisent sur le parking de l’aéroport de Djeddah. Vite il faut courir chercher un chariot et attendre le camion pour charger les bagages Une fois récupérés, la tâche s’annonce ardue et délicate .Toutes les valises seront emmaillotées doivent obligatoirement passer par une machine de plastification moyennant la somme de 20 riyals.
Peine perdue d’essayer de convaincre l’agent ,il faut payer un point c’est tout ! Puis, direction l’enregistrement, un passage redouté par les passagers à cause de l’excédent du poids. Pour un surplus, le prix à payer est de 45 riyals le kilo. Les formalités terminées, c’est l’embarquement à destination d’ Alger la blanche, capitale de notre patrie qui nous a terriblement manqué. Une fois sur place, rebelote il nous reste encore 1300 bornes à se taper !
S. A. T.

Adrar : rites et coutumes du Ramadhan

Oser s’aventurer, ou s’exposer durant la journée dans la région d’Adrar, cette partie de l’Algérie profonde où l’on recense les plus fortes températures (entre 46 et 48 degrés) durant la saison estivale, relève de l’exploit, de la vaillance et du défi. On a l’impression que le soleil qui tape fort est juste au-dessus de nos têtes. Se protéger de ses rayons qui vous transpercent, vous lézardent ne sert à rien, puisque la chaleur torride, lourde, écrasante, mordante, vous serre la gorge, dessèche votre bouche, et mortifie les crânes aussi.
Ceci n’empêche nullement les habitants d’Adrar de jeûner comme tout le monde dans ces conditions difficiles et insupportables et de vaquer à leurs occupations quotidienes. Les traditions ancestrales, ataviques; se perpétuant, ainsi pour l’adolescent, jeûner pour la première fois, fait l’objet d’un rite particulier. Une véritable cérémonie, est organisée. La veille du carême, notre jeune est conduit sur une terrasse, muni d’une glace afin d’observer le croissant. Sitôt ce geste accompli, ses proches se hâtent de lui faire porter des habits neufs .Ce soin est généralement laissé à la grand-mère .
Une gandoura et un «cheche» (turban) d’un blanc immaculé sont choisis pour la circonstance. Puis, autour d’une table garnie de viande grillée et de fruits, l’adolescent se remplit la panse jusqu’à se gaver, en prévision d’une longue et rude journée où il faudrait tenir et résister.
A la rupture du jeûne, il est félicité par sa famille, ses amis l’honorent de quelques billets bien mérités.Du lait, des dattes et une délicieuse soupe connue sous le nom de «lahssa» font partie du menu.Les mains du jeune sont enduites de henné et ses yeux passés au «khol». On lui enfile aussi un anneau en argent .
Et voilà notre jeune homme devenu adulte
Le rituel du thé est incontournable, un thé aux trois lettres «J». La première lettre «J» (jmer ou braises), la seconde «J»(pour la jmaâ ou le groupe )et enfin la troisième «J» (pour le jarr ou le chant). Aux environs de 22 heures, direction la mosquée pour les prières surérogatoires (tarawih) qui durent environ une heure.Retour à la maison pour faire ripaille et sortir soit afin de rejoindre le centre-ville pour les grandes cités soit s’affaler sur le sable doux et fin des dunes dans les ksour.
Là, on parle, de tout et de rien, les téléphones s’invitent majestueusement à la soirée. L’un des présents s’éclipse discrètement pour aller chercher ce thé, breuvage qui vous assure énergie et force. Les femmes, une fois les tâches domestiques accomplies, se retrouvent entre elles, évoquant, les recettes du jour, les dernières séquences du feuilleton que personne ne rate.
L’heure du «shor» est aux alentours de trois heures trente, voire un peu plus .Si certains continuent à se gaver littéralement de couscous arrosé de soupe ou de lait caillé, d’autres par contre se contentent de quelques poignées de «sfouf», dattes concassées et gardées dans une «tadara», ustensile en osier, et de gorgées d’eau ou de lait.
Un verre de thé pour clôturer le tout et le tour est joué, le ventre bien rempli afin d’entamer la journée. Et on croise surtout les doigts pour qu’il n’y ait pas de coupures d’électricité : pas d’électricité, pas de fraîcheur, pas d’eau, pas de feuilleton. La vie tourne au ralenti ! Dur, dur est le Ramadhan à Adrar.Mais selon la direction de la Sonelgaz, cette année, toutes les dispositions ont été prises, changements de postes transformateurs, de supports vétustes et surtout de bouclage de lignes au niveau des points noirs recensés l’année dernière afin de mettre fin aux perturbations et les Adraris sont sûrs de passer un bon Ramadhan .