samedi 4 juillet 2015

LES IRRADIES DE REGGANE !


Dans les années  1950, 1960 et 1970 ,nous avons assisté un peu partout dans le monde à l’explosion de bombes atomiques qui sortaient de terre comme des champignons sans pour autant oublier les ratés mémorables de tirs nucléaires souterrains qui ont donné lieu  à des contaminations radioactives alarmantes .
Pierre Messmer fut ministre des armées entre 1960 et 1969 à l’époque où la France procéda à son tour à ses premiers essais nucléaires dans le sahara algérien (bombes au plutonium et à uranium ).
Le roman de la bombe atomique à Reggane .
Dès l’origine ,les études et les travaux qui ont abouti à l’édification de la base atomique de Reggane furent entourés des plus hermétiques des secrets .On comprend pourquoi .Non pas que les atomiciens civils et militaires aient pu espérer cacher au monde  qu’ils élaboraient une bombe atomique .Cette discrétion ne présentait aucun intérêt car tous les spécialistes savaient  que l’aboutissement de la construction de piles serait la bombe .
A ces divers points de vue ,Reggane présentait  un bon choix ;autrefois ,simple petite oasis sur la piste saharienne entre Béchar et Adrar.
Le génie militaire y creuse de nombreux puits .Une longue falaise qui en borde le flanc nord se prête à l’implantation de l’aérodrome  et au percement de galeries souterraines servant de magasins et de dépôt .
A 70 kms de Reggane ,un centre fut aménagé à El –hamoudia .Il est constitué d’un blockhaus  en ciment percé de hublots qui servira d’abri aux atomiciens et contiendra leurs appareils .
C’est là que l’explosion de la première bombe atomique sera télécommandé le 13 février 160 à 7 heures du matin .
Durant la période allant du 13 février 1960 au 25 avril 1961 ,l’armée coloniale française a procédé à quatre tirs aériens dont le plus important fut celui de ‘gerboise bleue’.
Ce tir a eu un retentissement particulier puisque ses retombées radioactives ont été signalées même dans quelques états africains tels que le Mali ,le Soudan et le Sénégal.
Les responsables  en place à l’époque reconnaissent qu’il y a eu des incidents et des accidents  avec de fortes doses de radiations suite à ces explosions .Malheureusement, aucun scientifique politique ne veut reconnaitre qu’il y a un lien de cause à effet entre les victimes de cancer .
Ce premier tir ‘gerboise bleue’ est effectué sous la présidence de Charles de Gaule .Toutefois ,c’est au début d’avril 1958  que Felix Gaillard ,premier ministre sous la présidence de René Coty ,décide que ce premier essai ait lieu au début de l’année 1960 et que le site de test sera localisé au sahara .
A 180 kms d’Adrar, plus précisément à  Foum lekhneg, on décida alors de dévier l’oued ‘messaoud’ ,le nourricier de son cours afin d’éviter d’éventuelles crues qui pourraient retarder ou perturber le projet de la construction du site de la bombe atomique sachant que cet oued pouvait ,en cas de fortes pluies ,parvenir jusqu’à Reggane .
Qu’en est – il aujourd’hui ,55 ans après l’explosion ?
Les répercussions de l’onde de choc et du flash thermique suscitent encore aujourd’hui ,partout de très vives réactions d’hostilité .Les rares survivants de cette agression française au sahara racontent que la flore ,la faune et les hommes ont beaucoup souffert trainant irrémédiablement des séquelles  visibles encore de nos jours .
L’ un d’eux s’est confié :’la terre ,jadis fertile ,connait une baisse dans le rendement et le palmier dattier subit lui – aussi des transformations .Le niveau de la nappe phréatique a diminué .Reggane était une belle oasis .
Et quand le vent souffle de l’ouest , à la période des semences ,il engendre des désagréments à l’agriculture .Les personnes elles – aussi ,qui vivent encore ,connaissent des difficultés respiratoires ,une hypertension et parfois, des cancers apparaissent .
Vu l’importance des séquelles causées par l’explosion ,les membres de l’association ’13 février 1960’ revendiquent une véritable analyse médicale de la population et de la prise en charge des soins .On insiste également sur désinfection des lieux et des espaces où se sont déroulés les essais .La région de Reggane enregistre un grand nombre de malades atteints de leucémie ,d’infections ophtalmiques ,de multiples cancers de la peau ,des poumons et plusieurs autres tumeurs .
Les femmes ne sont pas à l’abri de ces séquelles :stérilité ,hémorragies internes et aigues avec de nouveaux nés qui trainent des malformations congénitales .
La localité d’el – hamoudia ,lieu de l’impact , ne verra pas une plante pousser sur son sol avant 24000 ans .
Les membres de cette association voudraient une reconnaissance de ce malheur engendrée par la course effrénée à la possession de la bombe atomique .
Traitement psychothérapeutique :
Le ministère de la solidarité avait envoyé par le passé des équipes pluridisciplinaires composées de médecins ,de psychologues et de sociologues afin de recenser les personnes présentant un handicap physique ou moral suite des conséquences des retombées des derniers essais nucléaires  du 13 février 1960.  Il s’agit en effet de venir en aide aux familles concernées par cette tragédie ubuesque en leur fournissant, prothèses ,centres de rééducation et écoles spécialisées afin de bénéficier pleinement des conditions matérielles leur permettant de mener une vie normale .
Rappelons que depuis sa nomination ,Mr Madani Fouatih Abderrahmane,le wali d’Adrar,a visité le site en insistant sur la maintenance du périmètre de sécurité et à la consolidation de la clôture mise en place afin d’éviter  au maximum les effets radioactifs encore existants .Une clôture de plus de 3000 mètres ,formée de piquets et de grillage ,genre Zimmerman  couvrant toute la superficie du lieu d’impact .
Soucieux de préserver l’environnement ,le wali  attache énormément d’importance à ce fléau ,à ses conséquences et apporterait tout son soutien et son aide afin de faire renaitre Reggane de ses cendres .
Cette bombe atomique ut une étape capitale mais une politique sans grandeur pour la France .Ce constat nous pousse à réfléchir sur l’ambition démesurée des hommes .

Le 5 juillet 1962 en Adrar.


Si la date du 5 juillet 1962 remonte à plus d’un quart de siècle, plus précisément à 53 ans, elle est immuable et reste gravée dans ma mémoire nous confie K.Kabouya .Certes j’étais encore jeune à cette époque mais je m’en souviens encore aujourd’hui dans les moindres détails
Les préparatifs ont commencé très tôt, depuis le mois de mars : chants patriotiques à fredonner, défilés dans les règles de l’art et chacun y mettait du sien La bonne ambiance régnait et nos guides et encadreurs prenaient leur travail très au sérieux se montrant méticuleux, persévérants et pleins de pugnacité et d’enthousiasme.
Il s’agit de célébrer le premier jour de notre indépendance, du recouvrement de notre liberté, de notre dignité nous martelait sans cesse les personnes chargées de notre entrainement. Le chef de file , de sa voix rauque, de stentor qui portait très haut et qui déclenchait crainte, respect et soumission, revenait chaque fois à la charge ,’ je ne veux pas de rangs déformés ou en zigzags ;je veux une seule ligne droite ,allez au pas et on ne traine pas, on ne badine pas avec moi  ‘.
Ces trois mois nous paraissaient presque interminables car ce qu’on voulait, c’était parader libres, la tête haute, sans peur et sans reproche.
Ca durait du petit matin jusqu’au soir avec une pause l’après-midi et vite l’entrainement reprenait de plus belle.
Rappelons pour souligner cette page de l’histoire que l’électricité n’existait pas et  seul  un groupe électrogène alimentait quelques foyers du centre-ville du crépuscule à 23 heures ou minuit  selon la bonne humeur de ce groupe qui faisait parfois des siennes. Durant la journée, pas d’électricité donc pas d’eau fraiche, pas de fraicheur, rien ! Mais ce qui nous stimulait, nous encourageait c’était cette fameuse journée du 5 juillet 1962 qui allait sonner le glas et marquer l’histoire de notre pays, l’Algérie, une Algérie symbole du sacrifice de tout un peuple, de toute une population dont une grande partie fut décimée, torturée, massacrée, assassinée par cet envahisseur sans foi ni loi.
 5 Juillet  1962 en Adrar, une journée pas comme les autres.
La veille de ce 5 juillet 1962, on nous avait distribué des tenues blanches avec un calot et le rassemblement était fixé le lendemain devant l’ancienne école de filles qui existe toujours .Sept heures du matin ,
nous  étions tous massés là ?nous confie Kabouya ,avec les interminables retouches de notre chef qui force l’admiration de tous « arrange bien ton col de chemise « crie –t-il à celui-là ajuste cette mèche rebelle et tiens –toi droit .Aujourd’hui est un grand jour pour  nous ,pour notre patrie et pour l’Algérie toute entière ,alors soyons sérieux .Les troupes folkloriques   présentes à ce grand événement donnaient le ton et sous le son des ‘bendir et aghlal’ s’activaient  faisant vibrer cette foule en liesse qui criait à tue –tête ‘Al jazair horra moustakilla’.
Le défilé commence et le cortège s’ébranle en direction de ‘souk eddinar’, lieu actuel du centre –ville. .Femmes de tous âges, enfants adultes venus des ksour avoisinants l’accompagnaient .Les you-you fusaient de partout et malgré une chaleur lourde, pesante et écrasante personne ne se dérobait, tous voulait assister à cette manifestation qui célébrait l’indépendance d’un pays qui panse encore ses blessures et qui enterre encore ses morts.
Effectivement précise Kabouya ,je faisais partie du défilé et on devait marcher droit, relever la tête et chanter sous l’œil vigilant du chef ,intraitable ,immarcescible qui n’accepte pas que quelqu’un se fourgue de lui .
Le soleil au-dessus de nos têtes martyrisait la terre puisque le bitume n’existait pas et la sueur qui dégoulinait sur nous inondait  nos petits corps frêles qui refusaient d’abdiquer et d’abandonner. Le chant en cœur reprenait le dessus et la fatigue, la sueur finissaient par s’estomper : notre esprit et notre volonté ont fini par triompher car les applaudissements des gens agglutinés sur les côtés nous encourageaient et nous poussaient à chanter de plus en plus fort.
Nous paradons depuis plus de trois heures, nous sommes complètement avachis, exténuées et déhydratés.Heureusement pour nous, une sexagénaire qui habite peut-être dans les parages arrive, munie d’une ‘guerba’ sorte d’outre confectionnée à partir de peaux de chèvres, qui conserve l’eau fraiche nous abreuve de ce précieux liquide à l’aide d’un broc en argile .Cette eau bénéfique dont l’effet est immédiat nous fait du bien et nous permet de reprendre des forces : une véritable aubaine inattendue. Les plus malins se mouillaient la tête avec quelques gouttes.
La parade reprend et nos magnifiques tenues blanches ont perdu de leur éclat, entaché de sueur et de poussière.
A midi, tout ce beau monde prend  une pause et se donne rendez-vous en fin d’après-midi.
Aux environs de 18 heures, la relève de nos jeunes qui ont paradé toute la matinée est assurée par des troupes folkloriques où le ‘zemmar’, les percussions des ‘aghlal et bendir’ annoncent la couleur .Tout de blanc vêtus, fusils en  bandoulière,ils  dansent sous le rythme effréné des percussionnistes qui s’en donnent à cœur joie ,soulevant admiration et ovation de la part des spectateurs qui scandaient ‘tahya el djazair !’
Certains n’ont pas hésité à se joindre aux danseurs et cette euphorie gagne tout le monde qui se met à danser, chanter ; puis dans un vacarme assourdissant les hommes font parler la poudre de leurs fusils qui enveloppent les assistants dans un grand nuage de poussière et de fumée .Le bonheur, la gaieté se lisent sur les visages radieux qui ressentent cette fierté, cet engouement qui font d’eux des Hommes libres.


Une journée pas comme les autres ,une journée mémorable qui allait marquer à jamais nos esprits car l’histoire retiendra que le prix à payer est très lourd ,plus d’un million et demi de  ‘chahid’ de veuves ,d’orphelins ,de disparus ,de mutilés ,d’handicapés ,de personnes qui portent encore les marques ,les traces du passage du colonialisme ,ne l’oublions pas et gardons le  toujours en mémoire .
Il y a assez sur la surface de la terre pour le besoin de chacun mais pas pour la cupidité de tous .Puissions –nous simplement vivre pour que les autres puissent vivre aussi sereinement dans la quiétude, la paix et la liberté.
Le soir ,tout  ce beau monde se retrouve assis à même le sol autour d’un grand plat de couscous que les citadins en étroite coordination ont décidé de restaurer ces participants venus de loin car le bouche à oreille a déjà fait son effet ,la radio ‘fouggara’ comme l’appellent les Adrari .Après avoir fait ripaille,
le thé va couler à flot et le spectacle perdure jusqu’à une heure tardive de la nuit à la lumière des étoiles et de la lune  qui se sont invitées à cette soirée ,sans doute pour donner plus de gaieté ,de couleur ,à cette immense fête de notre indépendance .

La pauvreté sonne le glas !



En parcourant les régions arides d'Adrar,le visiteur se rend compte que les démunis sont nombreux et parviennent difficilement à joindre les deux bouts .Entre la rentrée des classes ,la facture d'électricité ,les dépenses alimentaires ;certains pères et mères de famille se retrouvent confrontés à un véritable dilemme ,celui de faire un choix ,entre l'achat des fournitures scolaires et la nourriture .Un choix difficile à assurer car il faut bien que les enfants mangent !
Voir des enfants déambuler dans les rues d'Adrar n'a rien d'étonnant ,ils sont souvent à la recherche de petits travaux ,vente à la criée ,plongeur dans une gargote ,en vue de dénicher quelques sous qui seront bien gérés par les parents .Ces petits garnements se lèvent tôt le matin au même titre que les adultes ,parfois à quatre heures du matin ,les yeux encore rougis par un manque de soleil flagrant ,un tee-shirt usé fait office de vêtement car ce qui compte vraiment ce sont les sacs à transporter du gros camion vers la camionnette du vendeur .Nous sommes au marché du gros des fruits et légumes .Il faut faire vite ,la concurrence est rude et il ne faudrait surtout pas montrer une faiblesse ou défaillance quelconque ,oser relever le défi ,assumer et assurer coûte que coûte sans broncher,sans laisser percer le moindre petit signe de fatigue ,synonyme de renvoi éventuel.
Dure est la vie pour ces jeunes enfants qui n'ont pas le temps de jouer comme leurs pairs .
D'autres sont affectés à des taches plus rudes .Nettoyage du restaurant ,épluchage des légumes généralement des pommes de terre qui serviront de friture plus tard .Les premiers clients sont là à partir de onze trente et le patron n'aime pas les faire attendre .Durant la matinée ,nos jeunes essuient souvent des injures et font souvent l'objet de reproches véhéments qu'ils acceptent car ils n'ont guère le choix ,travailler ou déguerpir et plus de sous .
Certains sont là au niveau du marché des fruits et légumes depuis les premières lueurs du jour ,vente à la criée en essayant de convaincre des clients récalcitrant à cause des prix pratiqués et qui ne reflètent nullement la qualité des produits exposés ,souvent  ramollis par un soleil cuisant .
On retrouve des gamins engagés comme apprentis dans les salons de coiffure ,dans les garages de mécaniques où la tenue du matin ne ressemble plus à celle du soir ,pleine de cambouis que la maman peine à laver .
Et quand vient enfin l'école ,le scénario se reproduit .Certaines taches pour ceux qui ont la chance de travailler dans un café ,sont effectuées tôt le matin .Vite ,il faut avaler quelque chose et un quignon de pain et rejoindre en courant l'école .Deux ou trois cahiers sont enfouis au fond du cartable ,souvent en piteux état  ,un tablier auquel manque un bouton .Pour la couleur on n'a guère le choix ,bleu ,blanc ou vert ,l'essentiel c'est de le fournir .
Parfois ,le père est convoqué pour des raisons de retards attribués au travail du café ,mais il faut faire avec .
En attendant ,la vie continue ,les journées s'éclipsent pour des jours peut-être meilleurs .

La mendicité bat son plein .


Une particularité qui frappe le visiteur ,guère habitué à ce genre de spectacle :ce sont ces enfants d’immigrants maliens et syriens qui arpentent sans cesse les avenues et les ruelles de la ville d’Adrar ,allant jusqu’à vous tirer par les pans de votre chemise ou de votre veste afin de vous soutirer quelques pièces ,voire un billet .
Faire la manche  ,demander l’aumône  a créé une certaine audace poussant la perfidie de ces jeunes enfants et jeunes filles en particulier à engager des conversations ,des plaisanteries ,pour eux ,peut-être anodines ,mais qui pourraient avoir des conséquences ,des répercussions dramatiques ,sachant pertinemment ,que les prédateurs  guettent le moindre faux pas .
Jeunes, moins jeunes , adultes ,,tous ces réfugiés n’ont qu’une seule chose en tête ,sans doute poussés et encouragés   par leurs parents ,glaner et rapporter  des sous  ,coute que coute .
Les différents coins  et recoins des marchés, des gares routières leur servent d’abris provisoires et potentiels  qui les protègent de la chaleur  car la température  n’est guère clémente ces jours -ci  ; même  le soir ,il fait chaud ,pas moins  de trente degrés  .
Pour se couvrir ,des couvertures de fortune remises par des bienfaiteurs ,des cartons d’emballage ramassés dans la rue et pour se réchauffer ,des palmes ,des morceaux de bois ,des copeaux  sont  récoltés à droite et à gauche ,pour la préparation des repas  et accéder à un semblant de chaleur .
La nuit va être longue et la chaleur  aussi et il faudrait penser au lendemain .
Devant  les boutiques les magasins, c’est de nouveau une course folle parmi les passants qui daignent bien leur donner des sous  ou leur acheter une baguette de pain  ou un kilo de riz. Chaque fois qu’une voiture s’immobilise, c’est à qui l’appréhendera le premier .Vite, il faut courir et se droper pour essayer de parler au conducteur avant qu’il ne démarre.
Souvent, ces enfants reviennent bredouilles, essuyant parfois des paroles acerbes et véhémentes qui les acceptent sans broncher car pour eux, les sous ont plus de valeur au-delà de la dignité, du moins à leurs yeux, car pour eux, c’est un véritable dilemme : accepter ces offenses, ces frustrations dans le seul but de ramener de quoi manger.
Malgré le froid ,la chaleur , ils seront toujours là ,arpentant ,courant ,risquant leurs vies à chaque instant  .
Ces réfugiés pour la plupart ,démunis de toute ressource ,attendent la délivrance qui tarde à venir .

Hadj ,le vendeur de thé.(PORTRAIT)



En Adrar pour le visiteur non averti, il pourrait peut-être être surpris par ces petits vendeurs de thé éparpillés à travers la ville.
Certains préfèrent la journée pour s’installer tout près des stations de bus .Equipés de charrettes afin de transporter leur matériel, ils rendent d’énormes services aux passagers éventuels et aux autochtones, parvenant ainsi à arrondir les fins souvent difficiles.
Ce sont de véritables buvettes ambulantes !
D’autres guettent la fraicheur nocturne et le coucher du soleil pour monopoliser la grande place de la ville .
Des tapis sont étalés à même le sol et les clients, ravis, s’allongent, sirotant un thé mousseux tout en grignotant quelques cacahuètes, histoire de tuer le temps.
Hadj Slimane est l’un de ces vendeurs .Les cheveux et la barbe grisonnants, Hadj possède lui-aussi sa propre charrette qu’il a confectionnée afin de faciliter ses déplacements.
Théière ,brasero (majmer métallique )verres ,thé ,sucre sont là. Hadj est déjà prêt juste après la prière du ‘sobh’ et sa place immuable lui est réservée et personne n’osera le détrôner .Connu et respecté de tous ,Hadj ,un sexagénaire ,au pas vif et alerte n’en finit par d’étonner par sa vivacité, sa dextérité et son respect pour autrui .
Notre vendeur est le père de huit enfants dont la moitié s’est mariée (toutes des filles ) et le soir ,de retour au gite ,c’est la joie de retrouver ses petits enfants dont les éclats de rire lui font oublier la fatigue de la journée .Il faut préciser que deux de ses filles sont divorcées et vivent sous le toit paternel avec leur progéniture .
Ce boulot (vente de thé) lui permet quand même de gagner quelques sous et sa manière de gérer l’aide énormément .Dans son accoutrement (gandoura et cheche )Hadj tire chaque jour sa charrette parcourant inéluctablement le même chemin ,matin et soir ,sans pour autant se conspuer .
Son programme n’est pas impromptu et sa pugnacité n’est plus à démontrer .Il a l’habitude des vaches maigres et souvent, en homme généreux, il se permet d’abreuver démunis qui rodent dans les parages .Comme quoi, un simple geste aurait une signification .
Hadj ,personnage éclectique a beaucoup appris de la vie et rien ne parvient à le mettre en boule .Aucune expression ubuesque ,aucune turpitude ne viendront ternir l’image de ce personnage cartésien dont les récits colportés de bouche à oreille vous soulagent et vous déstressent et vous apprennent les valeurs fluctuantes de la vie .
Sa santé ,Hadj la tient de la marche et de son refus catégorique de se soumettre aux médicaments .Leut prise est rare et une bonne hygiène alimentaire vous met à l’abri de surprises et de désagréments liés à la santé .
Et le thé  ,cette décoction qui mijote sous les braises vous râpe la langue et tonifie le corps .D’ailleurs ,le thé est connu pour ses nombreuses vertus .Outre son pouvoir astringent et antiseptique ,le thé doit ses qualités à la présence de flavonoïdes antioxydants dont l’action serait quatre fois supérieure à la vitamine C.
Il favoriserait, lorsqu’il est vert  ,la prévention de certains cancers et des maladies cardiovasculaires .
Avec quatre petites calories par tasse seulement ,si on le boit sans sucre ,il n’a donc pas usurpé sa réputation de ‘breuvage de minceur ‘.
Très pauvre en sodium ,le thé est autorisé au cours d’un régime sans sel,mais attention ,comme toute bonne chose ,il faut le consommer avec modération .Et si vous ne l’appréciez pas comme boisson ,utilisez –le pour rincer vos cheveux qui s’illumineront ensuite de magnifiques reflets cuivrés .Ainsi ,le thé confère des vertus stimulantes sur les plans physique et intellectuel.
Revenons à notre vendeur .Hiver comme été ,Hadj est omniprésent .Assis à même le sol ,sa manière de préparer ce savoureux élixir révèle tout l’art de cet homme .Il ne quitte son repère que pour faire ses ablutions et aller prier dans la mosquée du coin :ça ne badine pas !Hadj est à cheval sur ce principe ,il est imperturbable .
Quand l’heure sonne, il faut y aller .La confiance règne et tout ce que possède Hadj est laissé à une tierce personne et parfois sans surveillance, le tout recouvert d’une simple étoffe.
Hadj étonne et continue d’étonner .Il est là aujourd’hui, il y sera peut-être demain .Il n’est nullement lanciné par le côté matériel et les sous qui ne sont pas là maintenant le seront demain.
Hadj, personnage lunatique et sporadique à la fois mérite notre admiration.

vendredi 3 juillet 2015

Date ,origine et célébration du mawlid ennabaoui .


Le mawlid  ,connu aussi sous le nom de mawlid ennabaoui ,mouloud,mouled ou mawlid  est une fête religieuse célébrant la naissance du prophète Mohamed (qsssl) qui se déroule chaque année dans la wilaya d’Adrar.
Il s’agit d’une commémoration qui connut bien des vicissitudes au cours de l’histoire puisqu’elle fut de nombreuses fois autorisée puis supprimée.
Le mawlid  fut célébré d’abord en Egypte en 972 à l’époque des Ayyoubiine qui la considèrent comme légitime .La célébration parvient au Maghreb puis à Tlemcen au début du XV ème siècle pour finalement atterrir dans le sud ,plus particulièrement à Béni Abbes (wilaya de Béchar ) et Adrar au XVI ème siècle .
El mawlid est une une  fête controversée quant à sa célébration .
Pour certains ,c’est une journée où il convient de se recueillir ,de transmettre aux plus jeunes l’histoire du prophète .
Pour cela ,la célébration de cette manifestation religieuse se déroule sur deux étapes .La première étant  dédiée à la nativité du prophète, est célébrée dans les ksour de Zaouit –Kounta ,Titaf,Timi  et la ville d’Adrar.
La seconde ,qui se tient une semaine plus tard dans la daira de Timimoun  et les ksour avoisinants tels que Fatis ,Oujlane ,Tinerkouk ,Massine  s’ apprête à fêter dignement le baptême ‘le SBOUE ‘.
Dans le Touat  ,région d’Adrar ,sont organisées des lectures de coran ,des prières ,des chants religieux .C’est une journée festive célébrée dans la joie .
C’est l’occasion d’allumer des bougies ,de partager un festin ,d’offrir des cadeaux aux enfants ,de procéder à leur circoncision et pour d’autres les honorer pour leur apprentissage des 60 versets coraniques .
Une ambiance particulière règne car c’est un événement bien ancré et bien établi dans cette partie de l’Algérie profonde .
Il faudrait rappeler que pour contenir tout ce monde qui afflue des quatre coins du pays et de pays frontaliers tels que le Mali ,le Niger ,les femmes ont eu fort à faire  durant toute un mois :rouler et préparer des quintaux de couscous ,plat incontournable servi pour la circonstance .Cette tache éreintante, mais pas du tout  fastidieuse, est effectuée sous forme de ‘touiza’.Pendant que certaines s’attèlent ,devant de grands en bois ou en métal , à rouler ,grâce à des mains expertes ,le couscous avec une dextérité qui ferait pâlir  les  ,joueurs de tennis ,d’autres plus âgées ,se voient confier l’animation du groupe ,par des chants appropriés .Ces ‘medahate ‘ comme on les surnomme ici ,apportent une certaine note de gaieté et de fraicheur ,redoublant les femmes ,à fournir plus d’effort ,sans pour autant ressentir la fatigue .
Les hommes, par contre ,se sont occupés des courses :achat des quadrupèdes ,légumes ,fruits ,boissons gazeuses sans pour autant oublier la préparation de la poudre et des fusils .Les tenues ,d’un blanc immaculé ,qui seront comme accoutrement ,lors du défilé des troupes folkloriques et celles du baroud . . Il faut préciser qu’un nombre impressionnant de convives, d’autochtones convergent vers Timi   ,Zaouit-Kounta et Bouali .Et toutes ces personnes ,après avoir paradé, finiront par faire ripaille !
Durant toute la journée du mawlid ,les rues de Timi ,et des autres ksour ,sont prises d’assaut ,dès les premières lueurs du jour .Il faut souligner que les fidèles sont restés éveillés toute la nuit à psalmodier des versets coraniques dont le but est de clôturer tout le Coran ,les 60 versets en entier .
Des troupes folkloriques ,du baroud ,défilent à tour de rôle ,dans des danses qui suscitent l’ engouement général auxquelles se mêlent des jeunes des quartiers ,histoire de s’affirmer et d’affirmer leur présence et leur personnalité .
Auparavant ,les ‘rawda’ sortes de coupoles  sont badigeonnées à la chaux et des drapeaux sont accrochés ,sans doute afin de marquer leur  appartenance .
Les femmes aussi se font belles pour l’occasion .Leurs mains sont enduites de henné ,les yeux passés au khol ,les lèvres au ‘meswek’.Et dans une ambiance pleine de gaieté ,d’enthousiasme ,assistent et participent elles –aussi à cette fête religieuse qui ne laisse personne indifférent .
A treize heures peut –etre un peu plus ,la notion d’heure étant reléguée au dernier ,ce qui importe ,ce qui compte ,c est   frénésie générale ,ces danses  qui emballent tout le monde .
Assis à même le sol  ,huit ou dix personnes forment des groupes ou des personnes ,chargées du service ,s appliquent à ne rien oublier :melfouf,lait dattes ,couscous servi dans un grand  plat métallique recouvert d’un ‘tbag’ sorte de plateau en osier.
Ici ,la coutume veut que la répartition de la viande se fasse avec parcimonie :c’est le tessmar ‘. La personne ,chargée de le faire ,se lave d’abord les mains ,puis s’active à placer dans chaque endroit  creusé, une boulette de viande .L ‘ invité se précipite à balancer au fond du gosier .Un thé mijoté sur des braises vient compléter ce rituel qui réveille en vous vos émotions gustatives .
L’ après –midi ,le spectacle continue de plus belle sous un rythme effréné et envoutant .
La soirée se termine dans les localités de Zaglou où des danses  sont programmées telle que la danse de ‘sara’.
La célébration du mawlid dure ainsi toute une semaine où les danseurs ne baissent pas les bras et les versets coraniques continuent à se faire entendre durant toute la nuit .
Il faudrait cependant préciser que pour ces préparations ,les économies de toute une année  y passent si on rajoute la tenue des ziarrate ,autres manifestations religieuses destinées à honorer les saints locaux .
Adrar , ces jours ci , vit ,respire bouge , au son du  baroud et de versets coraniques récités en chœur dans toutes les mosquées .Rendez –vous est donc pris pour le sboue de Timimoun dans une semaine pour un autre reportage .


Célébration du Maoulid Ennabaoui à Adrar : un sacerdoce festif

La célébration de la nativité du prophète Mohamed (qsssl) a lieu chaque année dans la wilaya d’Adrar. Elle est apparue au XIII ème siècle en Égypte sous l’époque des Ayyoubiine et passe ensuite au maghreb et à Tlemcen à partir du XVème siècle. Appuyée par les zaouia et les confréries religieuses, la fête du Mawlid Ennabaoui a progressé vers le Sahara à partir du XVI ème siècle. Durant cette cérémonie, tous les saints locaux sont évoqués.
Une véritable relation est établie au niveau cérémonial entre deux éléments, le baroud (danse du baroud) et la hadra ( groupe avec bendir). Deux groupes distincts mais qui se retrouvent mélangés pour la circonstance. Si les hommes s’activent dans la préparation de la poudre, des fusils et des tenues vestimentaires qu’ils porteront à cet effet ;les femmes, elles, par contre, commencent après avoir moulu les grains de blé ou réceptionné les sacs de farine et de semoule, à préparer le couscous pour la préparation des repas. D’autres femmes qui ne sont pas affectées à des tâches précises s’occupent à créer une ambiance particulière par des chants et des suppliques à la gloire du prophète. Ce moment festif est une tradition bien établie et bien ancrée dans la région. La célébration du Mawlid Ennabaoui par deux contrées bien distinctes. Adrar, et Timi ksar Bouali, se partagent la cérémonie de la fête. Timimoun et ses environs fêtent le ‘Sboue’ le baptême où beaucoup de personnes affluent de partout, même de pays limitrophes tels que le Mali, le Niger, et parfois de France. Depuis plus d’une semaine, les habitants s’affairent sans relâche au nettoyage de la cité. Les femmes, quant à elles, dans une ambiance colorée et fraternelle, roulent ce fameux couscous aux quarante ingrédients, très apprécié par les visiteurs et les convives. Dans les mosquées, des versets coraniques sont psalmodiés du crépuscule au lever du soleil où une grande’ fatha’ regroupe l’ensemble des fidèles à l’aube, afin d’invoquer la bénédiction et le pardon divins. Une tradition ancestrale pour immortaliser cet événement religieux.
Les autochtones sont parés de leurs plus beaux accoutrements, où le blanc domine, la tête étant recouverte d’un long turban (chèche) qui les protège du soleil. Les femmes portent des tenues étincelantes (izar) ou (el galba) se faisant belles pour la circonstance par l’application d’un maquillage traditionnel où le «khol» et le «meswek» mettent en valeur leur beauté. Le henné est omniprésent et tous (hommes et femmes) s’enduisent les mains, les pieds, en guise d’ornement. Les troupes folkloriques défilent dans les ksour de Tamentit et de Bouali à 12 et 85 km du chef-lieu Adrar. Des youyou fusent de partout agrémentant gaiement cette ambiance. Le baroud constitue l’attraction principale de cette journée. Dans des gestes immarcescibles, des hommes dansent, armés de fusils. Leur danse vous fait valser et le rythme vous empêche de rester sur place sans effectuer le moindre mouvement. Les mouvements intensifs persistent, soulevant l’engouement général de la foule ; puis, dans un éclair étourdissant et assourdissant, la poudre tonne dans un immense nuage de poussière sous les applaudissements nourris des spectateurs abasourdis. Cette joie et cet enthousiasme qui se lisent sur les visages rassurent, et dans un élan de solidarité généralisé, chacun est heureux, oubliant pour un instant les tracasseries de la vie quotidienne afin de se laisser bercer et emporter par ce rythme qui déferle inlassablement. Une pause est marquée aux environs de treize heures, toutes les personnes présentes sans exception aucune, se dirigent vers les demeures grandes ouvertes ,histoire de faire ripaille !
Assis à même le sol, formant des groupes de huit ou dix personnes, les convives s’installent. Dans un ordre immuable, lait, dattes, melfouf (brochettes) défilent. Puis arrive enfin ce fameux couscous, orné de viande et de légumes recouvert d’un plat métallique. Son odeur affole et emballe vos papilles. Sitôt le couvercle soulevé, quelqu’un, qui aurait au préalable, lavé les mains, se saisit et s’empare de la viande entamant une répartition parcimonieuse : c’est le tessmar. Un morceau de viande est mis dans le trou creusé devant chacun, que des mains expertes s’empressent de faire disparaître au fond du gosier avec une cuillerée de couscous.
Salade, fruits et limonade clôturent le repas
Ensuite vient le moment tant attendu, celui de siroter les verres de thé qui vous râpent la langue. Le spectacle reprend l’après-midi et les gros tam-tam ‘aghlal’se font entendre au loin rameutant une foule ravie.
La fête se prolonge tard dans la soirée par des parades de danses où les hommes se livrent un combat en croisant le fer (épées de fabrication artisanale) ; parfois des gourdins les remplacent sous le rythme saccadé des ‘bendir’. Cette danse, appelée ‘sara’ attire de nombreux curieux et d’habitués qui bravent le froid et où chacun se réchauffe comme il peut, n’osant point quitter cet endroit magique et ensorcelant. L’encens parfume cette atmosphère où des formules incantatoires sont récitées où la foi est de rigueur. On relève quelques chants religieux qui reviennent souvent dans ce récital : El borda, El hamazia, Elbaghdadi. Certaines familles saisissent cette opportunité pour procéder à la circoncision de leurs enfants, d’autres pour finaliser l’apprentissage des 60 versets du Coran. Les rites de courtoisie ont une valeur permanente et hospitalière. L’appel est lancé pour le développement et la réhabilitation du tourisme dans la région auxquels Madani fouatih, le wali, attache une importance prépondérante et en fait son cheval de bataille. Les nombreuses visites sur le terrain, un suivi régulier et rigoureux constituent un véritable palan pour l’épanouissement de cette wilaya. Car la réhabilitation du tourisme dans cette partie de l’Algérie profonde, véhicule l’âme de toute une population et conjugue toute l’esthétique qui fait toute la valeur du produit historique de la région parce qu’il est l’expression vivante de toute une société qui la distingue des autres sociétés : Une société qui n’a rien mais qui a tout, d’une société qui a tout mais qui n’a rien.